Quelques nouvelles agroécologiques

Chers amis de l’agroécologie,
J’espère que vous avez passé un bon été et automne.
Voici quelques nouvelles, en particulier pour les participants à la soirée « agroécologie » de juillet 2016 à l’église Lazare.
Plusieurs personnes m’ont demandé comment commander les films qui ont été montrés. Je les achète sur le site cede.ch, il s’agissait des films « Les moissons du futur » et « Demain ».
Pendant les échanges qui ont suivi la conférence de juillet, nous avions parlé de reprise de domaine agricole en Suisse ou en France. J’ai eu l’occasion de visiter la Ferme de la famille Patrick et Floriane Luder-Domenjoz à Le Fay. Ce sont des Suisses qui ont quitté leur emploi pour s’installer dans la Bresse et démarrer une ferme bio avec agro-tourisme. Un projet plein de défis, mais aussi très encourageant. Ils sont impliqués aussi dans le woofing (voir http://www.wwoof.fr/ ). Vous pouvez faire un séjour chez eux si le cœur vous en dit. Voici leur site avec leur adresse: http://www.agroaccueil.org/ ou la page facebook de Patrick: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005550737575
(ci-dessous, les chèvres laitières de Patrick et Floriane)
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A propos de création de fermes, celle de Rovéréaz à Lausanne a bien terminé sa première saison, c’était intéressant de participer à leurs chantiers participatifs et échanger sur l’agroécologie. Voir ici: https://www.facebook.com/rovereaz/ ou http://rovereaz.ch/. Je trouve qu’on devrait aussi imaginer en Suisse un système de soutien à ceux qui veulent se lancer, comme le fait la Plateforme Bluebees en France. (https://bluebees.fr ). Il existe la Fondation Le Lombric (http://www.lelombric.org/ ), mais certainement que les besoins dépassent les possibilités de ces structures. Pourquoi ne pas en créer une avec notre réseau. Est-ce que cela parle à quelqu’un?

Je continue à faire des formations à l’agroécologie en Afrique: au Bénin, Togo, Burkina, Rwanda et Tchad cette année. J’utilise en général le matériel de formation de Foundations for Farming (http://www.foundationsforfarming.org/), d’AgriSud (http://www.agrisud.org/fr/type-publications/guides/), ainsi qu’un ensemble de bonnes pratiques agroécologiques que nous avons développé en capitalisant des expériences de formation ces dernières années (https://1drv.ms/f/s!Age9lcRS9_AXgoM2cinwuqhmna5OMg ). J’apprécie aussi beaucoup les publications de l’organisation ECHO (https://www.echocommunity.org/). Vous pouvez me contacter si vous êtes intéressés à plus de détails. Il est aussi possible d’organiser une soirée dans une église pour ceux qui seraient intéressés à en savoir plus sur ces approches, spécialement ceux qui sont impliqués dans des projets en zone tropicale.

Quelques lecture actuelles que vous partage:
La Terre comme soi-même, de Michel Maxime Egger (Ed. Labor et Fides): on voit que les pères de l’Eglise avaient une vision parfois très différente de nous quant à la relation à la terre. C’est stimulant.
Le potager perpétuel (Editions Ulmer): comment créer un jardin avec des légumes vivaces (pas besoin de les semer chaque année). Intéressant, non?

Je termine avec 4 infos:
– Nous étions plusieurs à nous retrouver aux journées d’information de Marcelin à Morges sur la permaculture, etc. Il y a aura une nouvelle journée sur l’agroforesterie cette fois, le 1er décembre. Les détails en cliquant sur ce lien: affiche-_conference_1er-decembre-_agroforesterie-1

– Dans une semaine, le 19 novembre, cours pratique de permaculture organisé par ARTERS à Grandvaux. Voir http://www.arters.ch/event/green-day-2016-11-19-14/register

– Envie d’être animateur de jardin? L’Entraide Protestante Suisse (EPER) cherche pour son projet « Nouveaux Jardins » 2 animateurs/animatrices à 20 % pour des jardins situés situés à Yverdon, Neuchâtel et Lausanne. Voir l’annonce complète ici:
http://www.insertion-vaud.ch/modules/organisateurs/files/emplois/16_nj_offre-d-emploi_2_postes_animation.pdf
– Enfin, je voudrais vous informer que l’organisation Foundations for Farming envisage d’organiser une conférence européenne en 2018 à Genève. Qui voudrait se joindre à moi pour faire partie d’un comité d’organisation de cette manifestation? Merci de me contacter si vous êtes intéressés.

Amitiés fraternelles à tous.

Les arbres nous attendent…

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Message donné au centre œcuménique de Froideville, le 22 février 2015

Méditation sur le Psaume 104 (1 à 24) et Romains 8 (18 à 23)

Chers amis, Dieu est là. Dieu n’est pas parti. Certains ont décrit Dieu comme un grand horloger, celui qui a mis en route l’univers. D’autres chantent que Dieu dit « Je vais aller m’asseoir sur le rebord du monde voir ce que les hommes en ont fait ». Images d’un Dieu extérieur à notre vie, hors de notre monde, absent de la Création.

Ce que nous avons lu dans le Psaume 104 est un peu différent.

  • Il conduit les sources
  • Il arrose les montagnes
  • La terre est rassasiée de fruit de ses œuvres
  • Il fait pousser l’herbe pour les bêtes
  • Les arbres du Seigneur sont rassasiés
  • Le soleil sait quand il doit se coucher
  • Les jeunes lions demandent à Dieu leur nourriture
  • Et tout à la fin… l’homme sort pour se rendre à son ouvrage et à son travail jusqu’au soir.
  • Seigneur, la terre est remplie de tout ce que tu as produit.

La terre est remplie de Dieu, la création est pleine de Sa présence. Personnellement, j’ai parfois de la peine à entrer en adoration dans un bâtiment d’église, on est parfois distrait par certains éléments de construction, mais avez-vous déjà adoré Dieu dans la nature ? Ce que j’aime bien faire en été, c’est me coucher sous un arbre et regarder son feuillage, oscillant au vent. Là je suis vraiment dans l’émerveillement, dans l’adoration. Ensuite j’enlève mes lunettes, et comme je suis très myope, le feuillage devient même une peinture impressionniste vivante…

La création célèbre la gloire de Dieu. Oui, nous reconnaissons que Dieu est présent dans sa création. C’est lui qui fait pousser les plantes que l’homme cultive, pour tirer le pain de la terre (v.14) C’est la vision que nous portons au SECAAR, l’agriculture n’est pas juste une activité économique, mais les paysans sont les amis de Dieu et ses collaborateurs pour magnifier la nature et faire sortir le pain de la terre et le vin qui réjouit le cœur de l’homme (v.15).

C’est merveilleux, n’est-ce pas ? L’être humain et Dieu qui font la fête et sont partenaires pour créer de l’abondance et de la beauté, dans la paix et l’harmonie.

Est-ce vraiment ce que nous vivons ? En partie, oui, mais en partie seulement. Car la création souffre, elle est dans les douleurs, elle gémit. C’est notre deuxième texte. Paul nous dit dans son épître aux Romains qu’elle est esclave de forces qui la détruisent. Quelle contraste : la voilà qui grimace, pleure, crie, n’en peut plus…

Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Nous savons tous à quel point la création souffre. Que ce soit dans les océans, dans l’air, sur la terre, dans les fleuves, ces forces de destruction sont partout. Les plantes souffrent, les animaux souffrent et bien-sûr les humains souffrent. Où est l’harmonie qui était célébrée dans le Psaume 104 ? Aujourd’hui encore, alors que la production agricole de la planète pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, près d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Une personne meurt de faim toutes les 4 secondes.

Quand s’arrêtera cette souffrance ? Le verset 22 parle des douleurs de l’accouchement, cela signifie donc bien que quelque chose va naître. Quoi donc ? Une nouvelle terre où la justice habitera. Cette harmonie, ce que nous avons lu dans le Psaume, c’est bien le projet de Dieu et cela viendra.

Faut-il donc simplement attendre et faire le dos rond, supporter patiemment cette souffrance, rester au lit, comme quand on est malade ?

La Bible parle effectivement d’attendre avec persévérance, mais pas du tout de manière passive. Jésus a dit que son Royaume était déjà là. La Création attend que nous nous mettions à mettre cela en pratique. Comment ? Nous pouvons tous faire reculer les forces de destruction. Chaque parole d’amour, chaque acte juste, chaque geste de compassion font reculer le mal et l’injustice.

Pour la création, qu’est-ce que cela signifie ? La création attend que les enfants de Dieu se révèlent, qu’ils sortent de leur cachette, pour faire quoi ? Pour entrer en relation avec elle sans la détruire, pour vivre en harmonie avec elle. Pour nous au SECAAR, cela signifie vivre une autre relation avec la terre. Cela signifie nous réveiller et nous mettre à traiter la terre avec respect, avec amour, elle qui a été créée par Dieu, qui continue d’être habitée par Sa présence. Concrètement, cela signifie que nous n’allons plus utiliser des produits chimiques qui détruisent la vie du sol, la micro-faune et les micro-organismes qui nourrissent les racines, qui créent l’humus qui rend le sol fertile. Nous n’allons plus utiliser des charrues profondes qui détruisent la structure du sol et provoquent l’érosion. Nous n’allons plus laisser le sol nu pendant des mois, brûlé par le soleil jusqu’à ce qu’il soit cuit et que toute vie ait disparu de sa surface. Toute l’agriculture doit être repensée à cette lumière. Le travail de l’agriculteur va consister à collaborer avec les autres êtres vivants pour produire de la nourriture sans mettre en danger l’équilibre de l’écosystème. C’est ce que nous essayons modestement de faire. Vivre déjà aujourd’hui cette nouvelle terre promise. Nous associons différentes plantes dans les espaces cultivés, utilisons des engrais organiques, ajoutons des arbres dans les champs, couvrons le sol pour le protéger, etc.

Cette nouvelle vie commence par notre relation au sol, cela continue par nos relations avec les plantes, les animaux, ensuite bien-sûr par nos relations les uns avec les autres, mais aussi notre relation à nous-mêmes, nous qui sommes créés à l’image de Dieu et finalement c’est notre relation avec le Créateur qui est restaurée.

Que le Tout-Puissant nous aide dans notre faiblesse et que son Règne de justice et de paix s’établisse.

Amen !

The promotion of agroecology in food production systems

Agroecology is an approach to the promotion of food production within a balanced ecosystem. In this article, I use ‘agroecology’ in a generic sense. The same could be said more or less about organic agriculture, natural farming, permaculture, etc. As mentioned by the FAO, “Agroecological practices, research and policies have seen exponential growth in the last decade. At the same time agroecology has not yet become mainstreamed within the broader context of science and development work.”[1] In many development programs, agroecology is effectively a mainstream in guidelines and strategy, but not necessary globally applied.

Since I have been involved in the promotion of agroecology in different countries[2], and despite the fact that my experience is not very long with this specific approach, I would like to share some principles that seems to me be pertinent in many contexts and might be helpful.[3]

What factors can positively influence the spread of agroecology?

1. Foster enthusiasm

Agriculture is a risky activity. Farmers are reluctant to take risks when they are living in a precarious situation. This can make the adoption of a new approach more difficult. This obstacle can be avoided when agroecology is introduced with a first ‘simple’ demonstration that gives immediate and visible results. For example, in a group of legume producers in Cameroon, the use of chemicals (fertilizers and pesticides) was widespread. The good results gained after the introduction of compost and chicken manure (that was cheaper than the chemical fertilizer), provided the necessary enthusiasm to empower the farmers to look for other alternatives to expensive and environmental damaging external inputs. I like the way Roland Bunch explains that in his (old but still accurate) book “Two Ears of Corn”.[4]

2. Make it simple (imitating nature)

It is often said that agroecology needs more knowledge than conventional agriculture. The farmer cannot just apply some agro-chemical inputs but has to observe and study his environment. He has to be aware of the different vegetal and animal species living on his farm. Emphasizing this “complexity” is necessary in places where organic agriculture is considered to be not ’scientific’ but it can give the impression to some farmers that agroecology is too difficult for them. We need to focus more on the principles and not on a long list of complicated techniques, to change the vision. It’s all about the joy of observing and imitating nature. Here in Switzerland, I have heard a young farmer explain why he wanted to convert to organic agriculture: he said that he wanted to go back to “real agriculture”, working “with the nature”. Imitating the perfection of nature is a simple principle from which others can be inferred. Everyone passionate about farming can apply it, learning by observing and doing. Just two examples of these principles:

Masanobu Fukuoka was applying the principle of imitating nature for decades in Japan and summarised his approach to ‘Natural Farming’ in 4 principles:

  1. human cultivation of soil, ploughingor tilling are unnecessary, as is the use of powered machines
  2. prepared fertilizersare unnecessary, as is the process of making compost
  3. weeding, either by cultivation or by herbicides is unnecessary. Instead only minimal weed suppression with minimal disturbance
  4. applications of pesticidesor herbicides are unnecessary[5]

Without necessarily applying these principles to the letter, they can surely inspire good agroecological principles. In the example of Cameroon above (substitution of chemical fertilizers by compost and manure), the farmers discovered themselves that the “agroecological” legumes were more resistant to insects attacks than the “conventional” ones. They are now ready for new discoveries!

In Zimbabwe, Brian Oldreive needed to change his way of farming after seeing a catastrophe. Conventional farming resulted in water run-off and the topsoil was being washed away. During a time of prayer in the bush, he understood that he needed to imitate nature. There is no mechanism in nature in which the soil is inverted and there is a thick blanket of fallen leaves and grass which covers the surface of the soil. He realized that these two factors in nature prevented the soil from being washed away. From these “simple” principles, he changed his farming practices and was finally sharing it with thousands of farmers in Africa through his organisation Foundations for Farming[6]. I can testify that the fields planted using these principles are productive and beautiful. Here the result of our planting of Fall 2014, during a workshop with several leaders from East Africa.

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These two principles (no till and permanent cover of the soil) can be a good starting point for agroecology implementation.

3. Holistic management

Agroecology is not only about agronomic techniques, but can also be considered as a movement, which aims to transform the global world food system. The more holistic agroecology is, the more it will be sustainable in the long term. 4 managing principles are applied by ‘Foundation for Farming’.

  • On time: timeliness is very important and every operation that we do should be done at the correct time and in the correct season.
  • To standard: this means that everything must be done well and to a high standard.
  • Without wastage: It is about not to be wasteful with what nature has given us (soil, water, sunlight, seed, nutrients, but also time and opportunity)
  • With joy: Joy arises from hope and beauty. When things are done on time, to standard and without wastage, hope begins to dawn in the heart, as the success of the crops is seen.

Finally, Gandhi famous phrase “Be the change you want to see” applies also to agroecology. Some call it also “double transformation”[1]. You cannot expect a change outside, if it does not exist also inside. Exactly like this young farmer above, I discovered the joy of working ‘with nature’. I am applying the agroecology principles in my own small garden.

I hope these reflections will give the opportunity to reflect about agroecology and change management. Please contact me if you have any comments, questions, reflections. Thank you.

[1] http://www.lachairetlesouffle.org/spip.php?article16

[1] FAO, International Sy mposium on Agroecology, 2014. http://www.fao.org/about/meetings/afns/en/

[2] Mainly in French speaking Africa, (West and Central)

[3] Further reading highly recommended: Scaling-up agroecological approaches: what, why and how? Oxfam Solidarité, 2014

[4] Two Ears of Corn, A Guide to People-Centered Agricultural Improvement, Roland Bunch, 1985.

[5] http://www.onestrawrevolution.net

[6] http://www.foundationsforfarming.org/

Etre fidèle à la terre, c’est renversant!

J’ai eu le privilège inattendu de participer à une formation à l’agriculture de conservation au Zimbabwe en novembre 2014, pays que je n’avais jamais visité et où je ne connaissais personne. Ce voyage a été renversant sur plusieurs points. J’ouvre ici une petite parenthèse: J’ai toujours aimé les renversements qui existent dans le Royaume de Dieu, « The Upside-Down Kingdom », comme on dit en anglais.

La formation était organisée par Foundations for Farming (appelé auparavant « Farming God’s Way »). Cette structure a été fondée par un paysan Zimbabwéen, Brian Oldreive, d’origine anglaise, qui a un parcours tout à fait atypique et « renversant ». Il était un grand producteur de tabac (sur plusieurs milliers d’hectares), qu’il cultivait de manière conventionnelle (c’est à dire en utilisant les techniques les plus courantes, avec labour et produits chimiques). Un jour, il a décidé de devenir disciple de Jésus-Christ. Lors d’une nuit d’insomnie, il a compris que son travail n’était plus en adéquation avec sa nouvelle vie. Il ne voulait plus produire du tabac, un produit qui asservit les gens. Il décida donc de cultiver du maïs. Malheureusement, il n’avait pas d’expérience dans cette culture, et les récoltes étaient mauvaises. A tel point qu’il a dû demander aux banques de lui prêter plus d’argent. Ces dernières étaient d’accord, à condition qu’il revienne à la production de tabac, la culture pour laquelle il était compétent, selon elles. Il a refusé et a finalement tout perdu: sa ferme et ses terres. Il a ensuite cherché du travail à Harare et finalement trouvé une ferme à louer, mais dont les terres étaient dans un état catastrophique, totalement érodées. Il a essayé tout de même de faire du maïs dans ces conditions, mais les rendements étaient faibles et il produisait à perte. La situation était critique à nouveau. Dans son désespoir il s’est alors tourné vers Dieu en lui demandant de lui enseigner comment cultiver. Etrange requête pour un paysan de génération en génération. Dieu lui a alors dit (ou lui a inspiré l’idée) d’aller en forêt. Priant dans la nature il a eu le sentiment que Dieu lui disait d’observer ce qu’il voyait. Il a réfléchi au fonctionnement de la forêt, un écosystème naturel ou « divin ». Deux choses lui sont apparues:

1) Les arbres poussent sans labour, la terre n’a pas besoin d’être retournée pour que les graines poussent.

2) La terre est couverte en permanence par des feuilles mortes et du matériel végétal en train de sécher ou se décomposer.

Brian a alors tenté d’appliquer ces principes dans ses champs. Le principe du non-labour existe depuis les années 1930 en agriculture sous le nom « d’agriculture de conservation » (approche aujourd’hui promue par la FAO), mais la méthode développée par Brian va plus loin que ce qui est généralement compris sous ce terme. Il a commencé par un seul hectare et encouragé par les résultats, s’est lancé ensuite dans deux hectares de maïs cultivés sans labour et avec du mulch (litière végétale). Les résultats étaient tellement bons qu’il réussissait à faire des bénéfices qui compensaient les pertes faites sur le reste de la ferme. Il a ensuite étendu sa méthode à l’ensemble du domaine et a même racheté des terres aux voisins pour finalement cultiver 3’500 hectares sans labour. C’est là que DIeu lui a dit « Je ne t’ai pas montré cela pour que tu t’enrichisses, mais pour que tu le partages avec tout le monde, et les pauvres en particulier ». Brian a donc commencé à organiser des cours pour les paysans et mis en place des champs de démonstration. Les résultats étaient excellents (les rendements dépassaient les 10 t /ha, alors que souvent les paysans récoltent dix fois moins), mais ne duraient pas, quand les équipiers de l’organisation quittaient la zone. Quel était le problème? L’équipe de Foundations for Farming s’est rendu compte que les paysans ne manquaient pas de connaissances techniques, mais du savoir permettant d’implanter ces connaissances pour en faire une activité rentable. Brian demanda alors à Dieu de lui révéler comment sortir de là, et la réponse était: « Apprendre à faire un bénéfice ». Pour cela, quatre principes sont à respecter:

1) on time: faire les choses à temps, pas en retard, c’est particulièrement important pour le semis et le sarclage.

2) at standard: respecter les normes de qualité, par exemple, la plante doit pouvoir se développer correctement, etc.

3) without wastage: la pratique des feux de brousse, par exemple, est un gaspillage incroyable de ressources qui partent en fumée, sans parler de la destruction de la structure du sol.

4) with joy: la joie permet de dégager l’enthousiasme, elle vient aussi d’une attitude reconnaissante et permet de rester en communion avec le Créateur.

Apparemment, ces principes sont assez simples, mais ils sont tout aussi révolutionnaires que les principes de respect du sol (non labour et couverture permanente).

J’ai été émerveillé de constater à quel point les participants des différents pays africains présents à la formation étaient enthousiasmés par la méthode « Farming God’s Way ». Plusieurs d’entre eux ont même témoigné qu’ils vont démisionner un jour de leur poste dans leur organisation pour se consacrer à l’agriculture! Cela ne va pas forcément faire plaisir à leur employeur actuel, mais quel renversement! Dans un contexte où les emplois à durée indéterminée sont rares, il est vraiment surprenant d’entendre ce discours! Moi-même d’ailleurs, j’ai aussi ma petite idée derrière la tête concernant la culture d’un lopin de terre…

Je suis étonné par la sagesse ou la façon de faire de Dieu. Depuis toujours, l’imitation de la nature a été un moteur pour l’innovation. Dans cet exemple au Zimbabwe, c’est par cette méthode qu’un « simple » paysan, conduit par Dieu, a compris comment être fidèle à la terre et comment restaurer des sols qui avaient été maltraités.

Pour plus de renseignements, voyez le site suivant: http://www.foundationsforfarming.org

D’autres méthodes existent, qui imitent aussi la nature, comme la permaculture: http://www.permaculture.ch/la-permaculture/

L’agroécologie pour se réconcilier avec la terre

Aujourd’hui encore, près d’un milliard de personnes continuent à souffrir de la faim sur notre planète. Selon les Nations Unies, la faim constitue le premier risque sanitaire dans le monde. Chaque année, la faim tue plus de personnes que le SIDA, le paludisme et la tuberculose réunis. Pour faire face à ce scandale intolérable, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut produire plus de nourriture et surtout permettre aux plus démunis d’y avoir accès. La question est de savoir comment.

Le modèle agro-industriel qui s’est développé ces 50 dernières années dans les pays industrialisés n’a pas permis de supprimer la faim, en dépit de l’augmentation des rendements et de la productivité. Bien qu’elle ait permis certains succès en Asie (une certaine sécurité alimentaire), la révolution verte introduite dans les années 60 (qu’on peut résumer par la fourniture aux paysans de semences améliorées, intrants et crédit) doit être remplacée par d’autres stratégies qui ne provoquent pas les mêmes effets pervers : pollution, dégradation de la fertilité des sols, dépendance/endettement des paysans par rapport aux fournisseurs d’intrants. Les critiques et réticences face au modèle de développement agricole industriel axé sur les intrants externes sont aujourd’hui suffisamment importantes dans le monde pour qu’on puisse voir se développer des solutions alternatives, que ce soit au sein des pays industrialisés ou dans les pays du Sud.

L’agroécologie est une de ces alternatives, qui n’est pas seulement un ensemble de techniques culturales, mais aussi un mouvement, qui s’inscrit dans une démarche respectueuse de la terre et de l’environnement. Pour qu’elle soit réellement appliquée par les paysans, elle a besoin d’être diffusée et enseignée. Il est vrai que certains font de l’agroécologie sans le savoir, car ils ont toujours respecté les écosystèmes et leurs pratiques agricoles favorisent les échanges et la biodiversité, tout en assurant des récoltes satisfaisantes pour le cultivateur. On constate toutefois que le développement agricole (la « professionnalisation » ou « modernisation » de l’agriculture) dans les pays du Sud ne favorise généralement pas l’agroécologie. C’est la raison pour laquelle l’engagement en faveur de l’agroécologie si important, en particulier pour les pays qui ont décidé et commencé d’investir des montants plus importants pour développer leur agriculture. Nous sommes à la croisée des chemins. Nous devons sortir d’une logique de « prédation » par rapport à la nature pour retrouver un équilibre, une nouvelle relation avec la terre. Un changement de paradigme est nécessaire pour réellement prendre le chemin d’une agriculture durable. La large diffusion de l’agroécologie peut y contribuer, comme contribution à la réconciliation de l’homme avec la nature.